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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

PELTIER Marcel Marie Onest

Nous sommes à la recherche d'une copie de sa carte de Déporté. Nous contacter:

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est né le 29 avril 1906 au domicile de ses parents à Ainvelle (70). Son père Victor est journalier et sa mère Claire née PATARD est sans profession.

Incorporé le 11 mai 1926 il est affecté au 21ème Régiment d'Infanterie et  participe à l'occupation des Territoires Rhénans de novembre 1926 à octobre 1927.Il est rayé des contrôles le 10 novembre 1927.

Le 27 juillet 1928 il épouse Madeleine MOUREY à Ainvelle.

Il se rengage en 1928 pour un an, puis pour deux ans. En 1932 il est envoyé au Levant avec le grade de sergent-chef et en revient en 1937 avec le grade d'adjudant-chef.

Source de la photo ci-contre: Archives de la famille.


Sous-lieutenant il est mis en congé de l'armée d'armistice le 20 janvier 1941 et est affecté à un emploi d'agent de chancellerie. Il est domicilié 27, rue Henriette à Vichy (03).

Le 1er mars 1943 le lieutenant PELTIER entre aux F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur) comme agent de liaison de l'O.R.A. (Organisation de Résistance de l'Armée) sous le pseudonyme de "Nicolas". 

O.R.A. (Organisation de Résistance de l'Armée). Militaire, se voulant apolitique, dûment hiérarchisée avec un général à sa tête et des commandements régionaux, elle est très soucieuse de conserver son autonomie et s'oppose à l'action immédiate, se préparant pour le jour J. Elle reçoit ses ordres du général Giraud et bénéficie de l'aide, non pas du Bureau Central de Renseignement et d'Action de la France Libre, mais du Special Operations Executive (SOE) section Buckmaster. Etiquetée Vichyste, puis giraudiste, l'ORA doit surmonter les préventions des mouvements, mais sa progressive extension dans les deux zones lui permet d'être prise en considération.
Source: Colonel Augustin de Dainville dans
Dictionnaire Historique de la Résistance.

Selon le témoignage de Marcel PELTIER, "Mon rôle est d'assurer la liaison d'une part entre Paris et le Chef de la Zone Sud, d'autre part entre ce dernier et les Régions et notamment
a)- de porter aux Chefs de Régions les ordres reçus de Londres par notre radio qui opérait dans  la région de Clermont, les listes des terrains de parachutage, des ordres divers, argent, postes radio, cartes d'alimentation,etc...
b)- de rapporter des Régions les renseignements de tous ordres, la liste des terrains d'atterrissages et de parachutages, les demandes de rendez-vous, etc...
c)-  d'avoir chaque jour une permanence pour recevoir une liaison urgente venant soit de Paris soit d'une Région".

Il effectue des liaisons principalement à Lyon, à Marseille, Montpellier. "Dans chaque ville, les lieux de rendez-vous, les mots de passe et les procédés de reconnaissance changeaient environ tous les 15 jours".

Le lieutenant PELTIER est arrêté à Vichy le 29 mars 1944 à un rendez-vous d'agents de liaison par la Gestapo de Vichy secondée par les traîtres Georges MATHIEU et Jean VERNIÈRES, venus de Clermont-Ferrand.


Sont également arrêtés Marie PFISTER, l'épouse du colonel Georges PFISTER,  le lieutenant Jacques FAYARD et GIRON. Ce dernier réussira à s'évader ultérieurement.

Témoignage écrit de Marcel PELTIER sur l’arrestation de Marie PFISTER, Jacques FAYARD, GIRON et lui-même le 29 mars 1944 à Vichy:

«  Ce jour-là nous avons rendez-vous à 18 H 45 sur le Parc longeant l’Allier près de l’étang aux Cygnes. J’aperçois Faurie (FAYARD) à une vingtaine de mètres qui vient vers moi, mais au lieu de me regarder avec sympathie comme il convient entre camarades, il me fait de grands yeux, je réalise immédiatement que ça sent le « roussi » dans le secteur. Je prends l’allure d’un promeneur et je fais demi-tour, mais au moment où Faurie arrive à ma hauteur un individu surgit devant nous revolver au poing et nous crie « Police allemande, haut les mains ! ».Il nous tâte les poches pour s'assurer que nous n’avons pas d’armes. Je m’apprête à lui bondir dessus lorsque j’aperçois 4 autres individus habillés de grands imperméables gris clair et le chapeau sur les yeux (bien repérables) qui nous cernent, rendant toute résistance impossible.

Encadrés de nos nouveaux gardiens, nous sommes dirigés sur une traction-avant qui stationne 50 mètres plus loin. Nous allons rejoindre au fond de la voiture Fanny (Madame PFISTER) qui vient d’être arrêtée quelques minutes plus tôt. Inutile de préciser que nous avons affirmé ne pas connaître cette personne. Nous sommes placés sous la garde du chauffeur et d’un autre agent de la Gestapo qui braquent constamment leur revolver sur nous. Le groupe repart près du lac et revient ¼ d’heure plus tard avec GIRON et un individu de forte taille que nous ne connaissons pas ; la Gestapo vient de l’arrêter au moment où il passait près de GIRON, le prenant pour un membre de notre équipe. »

Marcel PELTIER est interné à la prison du 92ème Régiment d'Infanterie à Clermont-Ferrand où il est interrogé par la Gestapo à "coups de pieds, coups de poings, coups de nerf de bœuf". Puis le 17 mai il fait partie des 52 prisonniers liés deux à deux par des menottes transférés à Compiègne.

Le 4 juin 1944 il fait partie des 2064 hommes déportés de Compiègne dans le convoi N° I.223. Il n'arrivera pas au camp de concentration de Neuengamme, lieu de destination de ce convoi, car le 5 juin il s'évade en sautant du train à Vitry-le-François (51).

"Un de l'équipe réussit à se procurer une petite scie  de 10cm., un couteau et un burin, le tout est porté par une corvée dans une des baraques où nous devons être parqués après la fouille, en attendant le départ pour la gare. Tout se passe comme prévu et tous ceux de l'équipe ont la chance de se trouver dans le même wagon.
(...)
Après un travail acharné qui a duré jusqu'à 3 H 45 du matin, la porte est enfin percée d'un trou suffisamment grand pour y passer le bras. Le crochet accouplant les deux portes de l'extérieur, peut être soulevé et les portes libérées s'ouvrent vers la liberté pour ceux qui auront le courage de sauter.
(...)
"J'hésite un instant, car la perspective de passer sous les roues m'effraie un peu, mais comme il n'y a pas de temps à perdre, je décide de sauter tout simplement les pieds en avant. (...) J'ai l'impression d'avoir sauté sur un ressort, d'être projeté en l'air et de retomber sur la tête, le choc est si violent que je crois avoir le crâne fracassé, je perds connaissance pendant une dizaine de minutes et, lorsque je recouvre mes sens, je suis au fonds du talus, caché dans une végétation luxuriante".

Selon le livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, "23 cas d'évasions réussies ont pu être recensés, dont 21 entre Châlons-sur-Marne et Vitry-le-François dans le département de la Marne".

Malgré une grave  blessure  à la tête, Marcel PELTIER reprend la lutte le 15 août aux F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur) de Haute-Saône jusqu'au 15 septembre. Il est ensuite affecté au 60ème Régiment d'Infanterie.

Lui sont attribuées

- la Légion d'Honneur (Chevalier) selon le JO du 12 septembre 1945 avec cette citation:

« Agent de liaison national de tout premier ordre, d'un dévouement inlassable et d'une ardeur patriotique sans défaillance, a accompli d'innombrables missions dans la Zone Sud jusqu'à ce qu'il soit arrêté par la Gestapo. N'a rien révélé de ce qu'il savait malgré des traitements cruels. Evadé, a repris immédiatement sa place dans la Résistance où il a continué à servir avec le courage modeste qui le caractérise».

- la Croix de Guerre avec Palme

- la Médaille de la Résistance.

Selon la loi N° 86-76 du 17 janvier 1986, est également considérée comme déportée la personne «emmenée par l'ennemi dans un convoi de déportés, vers une prison ou un camp de concentration visés aux N° 1°,2° et 3° du présent article, puis, au cours de ce trajet, est décédée ou s'est évadée», ce qui est le cas du lieutenant PELTIER.


Selon le Service Historique de la Défense GR 16 P 464603, il est homologué en tant que Résistant au titre des F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur).

La carte de Déporté Résistant N° 1.016.37915 lui est attribuée sur décision du Secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants en date du 6 mai 1988.

Il est élu maire de la commune de Mersuay durant 3 mandats successifs  du  26 mars 1965 au 17 mars 1983.

Il décède le 26 janvier 1990 à Vesoul (70).


Sources:

- Archives Départementales de la Haute-Saône 1 R 1926.244,

- Archives de la famille

- Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains

- Dictionnaire Historique de la Résistance sous la direction de François Marcot Robert Laffont 2006

- Etat civil d'Ainvelle (70)

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Raynal Patrick Lettre à ma grand-mère Flammarion février 2008

- Service Historique de la Défense GR 16 P 464603

- Témoignage de Marcel PELTIER transmis par la mairie de Mersuay. Remerciements.


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