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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

FINKIELSZTEJN  Paul


Archives de la famille

est né le 28 janvier 1919 à Lodz (Pologne). Son père Mayer, né le 21 janvier 1886 à Tomaszow (Pologne) est cordonnier. Sa mère Ite/Ida née JAKUBOWICZ , née le 12 juillet 1894 à Parzniewice (Pologne) est sans profession.

Victime de l'antisémitisme la famille FINKIELSZTEJN quitte la Pologne en 1928 pour Charleroi en Belgique où habitent l'oncle paternel de Paul et sa famille.

Photo de Paul FINKIELSZTEJN au Groupement de Travailleurs Etrangers de Saint-Georges-d'Aurac. Archives de la famille.


Le 10 mai 1940 les Allemands envahissent la Belgique et la famille FINKIELSZTEJN, comme beaucoup de Belges, fuit  vers le sud.

Elle arrive dans un car de réfugiés belges à Bellenaves (03) le 17 mai 1940. Selon les Archives Départementales de l'Allier elle s'installe au lieudit La Charrière.

 

Le maire de Bellenaves  souligne la qualité de  l'accueil de la commune qui fait preuve d'une grande hospitalité: «Comme (à) tous les Belges, la commune leur fait le meilleur accueil, on leur prodigue des soins, on procure du travail au chef de famille et à ses fils pour permettre de vivre tous. En août 1940 ne pouvant rejoindre la Belgique il a vécu depuis cette époque sans donner prise à la critique. Bon ouvrier cordonnier il a rendu et rend encore de grands services à la population. Malheureusement son état de santé est très précaire.
Sa femme, hors d'état de se livrer à aucun travail, atteinte d'une maladie incurable, a été hospitalisée à Ebreuil il y a quinze jours».

Photo de Majer et de son épouse Ite/Ida née JAKUBOWICZ. Source: Archives de la famille.

Archives de la famille



Paul exerce le métier de tailleur et, à Bellenaves, il trouve un emploi dans sa spécialité pour quelque temps, puis il part faire les moissons avec son frère Léon. Il est arrêté par les gendarmes dans un champ avec son frère et son père et ils sont transférés au camp de Mauriac (15) en vertu de la loi xénophobe du 27 septembre 1940, "Loi sur la situation des étrangers en surnombre dans l'économie nationale” dont l'Article 1er est  rédigé ainsi:

"Les étrangers de sexe masculin, âgés de plus de 18 ans et de moins de 55 pourront, aussi longtemps que les circonstances l'exigent, être rassemblés dans des groupements d'étrangers s'ils sont en surnombre dans l'économie nationale et si, ayant cherché refuge en France, ils se trouvent dans l'impossibilité de regagner leur pays d'origine.”

Source du document ci-contre: Archives Départementales de l'Allier 996 W 778 W 112.



Note: Le prétexte du surnombre dans l'économie nationale est bien sûr fallacieux si l'on considère que la guerre 1939-1940 a fait environ 100 000 morts et que le nombre des prisonniers de guerre français est estimé à 1 800 000.

Son père est libéré, mais les deux fils sont envoyés ensuite  au G.T.E. (Groupement de Travailleurs Etrangers) de   Saint-Georges-d'Aurac (43).

Selon Gérard GOBITZ «un nombre important d'hommes était encadré au Groupe de Travailleurs Etrangers (G.T.E.) cantonné à Saint-Georges-d'Aurac. Ces hommes furent employés sur des chantiers de travaux publics et dans une usine de produits chimiques («L'Arsenic») à Auzon.» 

Paul s'occupe du ravitaillement jusqu'au 23 août 1942, date à laquelle  il est de nouveau arrêté par les autorités françaises avec son frère pour être conduit à la prison de Brioude.

La Rafle d' août 1942
La Rafle de Juifs étrangers en août 1942 dans les 40 départements de la Zone Libre est le pendant de la Rafle du Vel' d'Hiv' des 16 et 17 juillet en Zone Occupée.
Les deux rafles sont le résultat d'un accord signé le 2 juillet 1942 entre le général SS OBERG, commandant la police et le SD allemands, et René BOUSQUET, secrétaire général à la Police du gouvernement LAVAL.
En clair les Juifs étrangers ont été livrés aux nazis.

Après le criblage il fait partie des 41 hommes du G.T.E. de Saint-Georges-d'Aurac à être transférés via Lyon à Drancy où ils arrivent le 25 août.

Le 28 août 1942 il est déporté sous le nom de FINKELSTEIN avec son frère Léon de Drancy à Auschwitz dans le convoi N° 25.

Dans Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Serge Klarsfeld écrit à propos du convoi N° 25: " Le 28 août à 8 h 55, le transport 901/20 a quitté la gare du Bourget/Drancy à destination d'Auschwitz avec 1000 Juifs. (...) Du point de vue des tranches d'âge, on compte environ 280 enfants de moins de 17 ans. Le reste des déportés se situe surtout entre 40 et 60 ans. On compte sans doute au moins 250 hommes de plus que les femmes dans ce convoi.(...) A l'arrivée de ce convoi à Auschwitz le 31 août, la sélection n'a retenu que 71 femmes laissées en vie et qui reçurent les matricules 18749 à 18819. (...) Les hommes valides ont été sélectionnés avant l'arrivée à Auschwitz. (...) Parmi les 8 survivants  de ce convoi on ne compte aucune femme."

Document ci-dessus: Extrait de la liste du convoi N° 25. Source: Centre de Documentation Juive Contemporaine.

Paul FINKIELSZTEJN n'arrivera pas à Auschwitz et ne sera pas tatoué sur l'avant-bras gauche, car les nazis arrêtent le convoi quelques kilomètres avant cette destination, sans doute à Kossel, pour faire une première sélection des hommes valides pour une organisation parallèle concurrente de la SS, l'organisation SCHMELT. 

Il va passer par plusieurs Kommandos en Silésie: Mechtal, puis Bunzlau (aujourd'hui Boleslawiec) et enfin Kitlitztreben.

Dans ce Kommando, selon son témoignage, « Je portais des rails de chemin de fer ou je remplissais des wagonnets de grosses pierres. Parfois mon frère terminait mon travail que je n'avais pas fini. Car il ne fallait surtout pas s'arrêter, nous étions très surveillés et les SS nous tiraient dessus pour un motif bénin».

Puis est arrivée l'évacuation. «Alors a commencé cette terrible Marche de la Mort qui, pour moi, a duré treize semaines, de mi-janvier 1945 à début mai 1945. (…) J'ai presque toujours marché pieds nus dans la neige, la glace avec -30°, parfois plus et j'avais la peau des pieds en lambeaux. D'ailleurs je pleurais chaque soir.

Mon frère qui se trouvait à l'arrière de la charrette avait déchiré en lanières sa fine couverture pour s'entourer, se protéger les pieds, mais, imbibés d'eau, c'était très lourd et cela l'a épuisé. Comme il ne pouvait plus suivre, les SS l'ont abattu. D'ailleurs, les bas-côtés de la route étaient jonchés de cadavres.

Je suppose qu'il a fini comme ça, car à un moment je me suis retourné et je ne l'ai plus vu».

L'évacuation va se poursuivre vers Gross Rosen, puis Buchenwald d'où il repart le 7 avril 1945 il arrive à Flossenbürg à pied et continue à pied en direction de Dachau. Libéré par les troupes américaines sur les routes de Bavière il est hospitalisé le 4 mai 1945 à Traunstein en Haute-Bavière.

Il rentre en France le 28 août 1945 et passe par l'Hôtel Lutétia à Paris avant de rentrer à Ebreuil.

Il reprend son métier de tailleur.

Le 15 juillet 1948 il épouse Renée WOLFF à Ebreuil. Ils auront trois enfants, Patrick, Philippe et Annie.

Il est naturalisé français par décret du 18 novembre 1949.

Par décret du 30 novembre 1966 publié au Journal Officiel du 11 décembre 1966 il est autorisé à franciser son nom et à s'appeler légalement FINEL Paul. Il craignait que ses enfants  ne "subissent les mêmes souffrances et les mêmes horreurs que lui."

La carte de Déporté Politique N° 1.118.35156 lui est attribuée sur décision su Ministère des Anciens Combattants et Victimes  de Guerre en date du  2 septembre 1988.

 

Archives de la famille

Source: Archives de la famille.


Il décède le 16 janvier 2008 et, selon ses dernières volontés, est incinéré.


Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 756 W 1, 996 W 194.01, 996 W 778 W 112,

- Archives de la famille

- Centre de Documentation Juive Contemporaine

- Etat civil d'Ebreuil (03)

- Gobitz Gérard
Les déportations de réfugiés de Zone Libre en 1942 L'Harmattan 1996

- Klarsfeld Serge Mémorial de la Déportation des Juifs de France  FFDJF  2008

- Mémorial de la Shoah/CDJC. Coll. Communauté Israélite de Vichy CMLV 11

- Témoignage écrit de Paul FINKIELSZTEJN/FINEL

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